Roberta Gigante

L’émerveillement de la découverte.
La jeune artiste italienne décrit en ces termes ce qui pré- side à son travail : « Dans les derniers trois ans j’ai dévelop- pé une pratique d’installation. Les idées ou les images dans mon esprit, les histoires qui m’arrivent initient un processus de recherche nourri par mes intérêts en di érentes disciplines comme l’acoustique, la résistance des matériaux, la perception de l’espace, la géologie, la botanique, l’éthologie, l’anthropolo- gie…
Ce processus de recherche et de création m’amène à la réa- lisation d’objets et d’installations qui interagissent avec l’es- pace et/ou les personnes qui l’habitent pour initier une œuvre dont la présence pourrait être comparée à celle d’un cataly- seur. Le corps (comme un ensemble identi able de matières, évènements et comme moyen d’expérience) et sa présence en tant que moyen d’interaction avec l’espace public constituent le thème central de mon travail passé et de mes recherches actuelles. Dans l’espace public mes interventions ampli ent et élaborent des évènements et des formes déjà existantes. Mon travail intervient dans le tissu public et charge l’espace sym- boliquement d’une manière que je veux subtile et s’appuyant sur une attitude anti-monumentale. Ces lieux ainsi transfor- més deviennent des lieux pour des rencontres di érentes. Au- jourd’hui je m’intéresse à ce qui n’est pas visible, dans les forme internes ou oubliées, dans les petites histoires et dans l’émer- veillement de la découverte. »
Il n’y a pas d’émerveillement sans prise en compte de nos a ects et sans mise en scène de la sensibilité des spectateurs par le prisme d’une poétique combinant les images et l’ensemble des procédés techniques ou formels qui peuvent entrer en jeu dans la création plastique. Cette sollicitation de tous nos sens qui appelle une représentation subjective, entre interprétation visuelle et compréhension, est au cœur des explorations de
cette jeune femme dont l’installation cinétique Aria et le pro- jet poétique et sensoriel de Valeurs de formes traduit mieux qu’un discours les intentions de l’artiste :
De son installation cinétique, Aria, déjà réalisée en 2015, elle explique qu’elle traduit le son de sa propre respiration grâce à une composition de ls de couleurs élastiques qui tournent :
« Dans cette recherche l’objet de transmission est le corps. Je cherche comment le corps reçoit et transforme quelque chose qui s’apparente à une vibration, avec ceci que cette vibration est l’élément primordial de l’existence. En hébreu : nèphès, et en grec : pushkê. Ces termes nomment une personne, un ani- mal, un végétal ou la vie dont jouit une personne, un animal, un végétal. Nèphès a une racine qui signi e « respirer ». Dans un sens littéral, nèphès pourrait être rendu par « un respirant ».
Je propose ici une recherche sur la forme du sou e comme vibration. Il est maintenant matérialisé. Instrument d’une composition rythmée qui se propage à travers une danse dans l’espace. Les sons provoqués par mon propre sou e sont tra- duits par des ls qui les encodent. Ils montrent l’intensité de cette vibration. Les simples modules que je propose donnent vie à un tableau vivant, un tableau respiratoire.
Pour Voleurs de Formes qui consiste en un dessin au sol de billes de verre, l’œuvre s’inscrit
dans une série d’expérimentations récentes … « une pratique commencée en 2013 avec des matériaux et des techniques di érentes. Je reproduis des formes prises (volées) de lieux pu- blics ou abandonnées. Les formes sont reproduites dans une nouvelle matérialité et utilisées comme des fragments. » Lat : 40°85’08.1’’ / Lon : 14°25’98.7’’ ici présenté est un dessin de sol qui représente un pattern mathématique dérivé de l’ancienne Grèce et reproduit ensuite dans le monde occidental dans des lieux de culte. Sa nouvelle matérialité se compose de billes de verre qui re ètent et réfractent la lumière, créant un arc en ciel ottant à travers le déplacement de celui qui regarde. »