Mengzhi Zheng

Les dessins et Maquettes abandonnées ou « un pari pour l’existence et un aveu de sa fragilité ».
Mengzhi Zheng est né en 1983 à Ruian en Chine. Il arrive en France à l’âge de sept ans et grandit à Paris. Après des études de graphisme, il intègre l’école des Beaux-arts de Nice, la Villa Arson (2006-2011). Entre 2009 et 2011, il étudie également à la Städelschule de Francfort en Allemagne. Aujourd’hui, il vit et travaille à Lyon. En très peu de temps son œuvre est deve- nue l’objet de toutes les attentions des collectionneurs avertis et des commissaires d’expositions sensibilisés à cette coïnci- dence entre ses maquettes abandonnées et les rêves d’archi- tectures qu’elles recouvrent en série. Les problématiques liées à l’espace de ses maquettes mettent en jeu tout ce que l’on peut trouver autour de soi dans un atelier d’artiste : morceaux de cartons, de papier, de bois. Il les assemble de manière aléa- toirement poétique et donne ainsi naissance à des éléments plastiques et visuels qui certes évoquent une habitation im- probable mais, en même temps, nous entraînent dans d’autres représentations mentales qui incitent et conditionnent nos ca- pacités à la rêverie.
Le philosophe, écrivain et critique d’art Jean-Louis Poitevin écrit à son propos : « Créer pour Mengzhi Zheng c’est évoquer poétiquement la relation qui existe entre espaces habités et es- paces non-habités, à travers des œuvres qui posent un regard interrogatif sur notre pratique contemporaine de l’architec- ture. »
Et, il développe ainsi, en deux temps, une ré exion à la fois cri- tique et philosophique sur cette œuvre (dessins et maquettes) en plein essor dans un texte intitulé : Fond blanc, surface co- lorée : « Plissements
Les dessins récents de Mengzhi Zheng sont nouveaux dans la forme et dans les questions qu’ils permettent de déployer. Pe- tits traits sur fond blanc, ils semblent se déplier à partir d’eux- mêmes jusqu’à ce qu’un état d’équilibre précaire soit en quelque
sorte atteint, soit devenu palpable. Un trait de trop, un trait qui manque aussi bien, et la tour ou l’escalier, la station orbitale ou l’échelle, la carapace ou l’esquisse d’une opération d’occu- pation d’un espace vierge, bref la structure semi-vivante qui vient s’exhiber sous nos yeux risquerait de s’écrouler. Chaque dessin est un pari pour l’existence et un aveu de sa fragilité. Il se déploie comme une succession de plis ou de superpositions d’éléments discrets semblant aimantés entre eux a minima. Chaque structure, chaque existence donc, est comme saisie juste après son apparition et juste avant le seuil d’une rupture. Et puis vient la couleur, ou plutôt les couleurs. Elles dansent de micro-surface en micro-surface, celle de ces petits « carrés » qui constituent l’élément de base et donc l’unité de mesure de chaque structure dessinée. Les couleurs, ici, se manifestent sous la forme de hachures colorées. Avec la couleur tout change. En fait, tout a déjà changé. La structure s’est mise à danser et l’on se retrouve à tendre l’oreille, comme si le dessin était porteur de voix, de bruits de vie, de chants que le fond blanc empêchait de surgir.
Concrétions
La parenté avec les sculptures faites de matériaux divers que sont les maquettes abandonnées est évidente. Œuvres dues à des mains agiles se mettant en action dans des moments de parenthèse cérébrale – un entre-deux dans lequel, entre travail et repos, l’imagination peut se déployer – les maquettes assurent aux plis une consistance et aux couleurs une expressivité maximale. Elles deviennent, à travers le jeu di érentiel des plis, les doubles des dessins où se mettent en scène des plissements vibratiles. Comme ces maquettes ne sont pas des projets d’habitation mais des manifestations d’une donne psychique dans laquelle la raison est mise au repos, on ose s’aventurer dans une visite décomplexée. L’œil remarque vite, à son plus grand plaisir qu’il peut les traverser, car il n’y a pas de murs. Il peut danser le long des parois, et refaire à sa manière les mouvements que rent les mains agiles. Il peut tenter de projeter un rêve dans le vide accueillant qui scintille entre les éléments et alors faire de l’œuvre le support d’une invention sautant au-dessus des paradoxes. Car ici, l’œil rejoint la main, le dessin rejoint le re et du soleil sur l’envers de la pupille et l’œuvre, dessin ou sculpture, établit son règne dans l’arrière-cour de nos attentes, là où l’on peut se reposer à l’abri du ciel. »