Jisun Li

Le rêve éveillé ou une esthétique du réel idéalisé.
JiSun Lee est une jeune artiste, plasticienne et vidéaste qui évolue entre l’écriture et le dessin, l’image lmée et les espaces immatériels qui s’o rent à elle, de plus en plus nombreux, grâce au champ digital et aux possibilités de la création numérique. De cet environnement complexe, espace d’invention encore à explorer, qui génère un éventail de possibilités, elle use avec une in nie délicatesse pour rendre compte de narrations in- trospectives éminemment personnelles : fragments de sou- venirs vécus ou d’appels à sa mémoire qui tendent à rendre ses œuvres plus proches de poèmes visuels que de réalisation palpables. Une philosophie du temps, de la mémoire, où l’es- thétique de rêves éveillés n’est jamais très loin de ces fragments de cheminements entre rêve et réalité, entre la culture asia- tique de sa Corée natale et celle d’un monde occidental dont elle s’est approprié les codes avec célérité et de façon complè- tement originale. Comment représenter l’irreprésentable si ce n’est en le suggérant ? Le dessin, le son, les animations audio- visuelles, quelques paroles entendues ou prononcées, les in- crustations d’environnements, de gestes, ou des petites indica- tions volatiles – tel ce papillon impertinent – sont les soutiens indéniables de ses inventions pour créer un champ poétique visuel.
Anaïd Demir (journaliste et critique d’art) souligne cette agilité virtuelle et manuelle en ces termes « Elle se promène sur le pa- pier, s’invite dans les photos, court les vidéos, marque son che- min à travers l’espace, se perd dans le paysage. Ici, elle encadre un panorama ou pointe un monument. Là, elle se met à écrire, tapote sur un clavier, joue du piano. Elle court, elle trace… « Elle » n’est autre que la main, l’actrice principale des œuvres de l’artiste coréenne JiSun Lee. » Et « la main » ne s’égare jamais dans les excès de l’outil informatique. Au contraire même, elle semble le maîtriser autant que l’éviter pour en mieux garder
l’évanescence, comme un parfum délicat et fugace qu’accom- pagne parfois une bande son ou une musique du même ordre, aléatoirement composées au l du temps et des voyages de l’artiste entre son pays natal et l’Europe dont elle magni e les vertus mémorielles des décalages horaires. JiSun Lee est une gure poétique. Elle est même la poésie personni ée. Elle dis- tille les mots et habite son œuvre comme son existence, sur la pointe des pieds, mais avance avec détermination. Elle décrit ainsi les enjeux de son parcours d’artiste : « La vie de l’artiste, accompagnée des œuvres créées à des moments di érents et aux endroits variables est comme un voyage sans destination à travers lequel le souvenir se pointe, l’horizon se trace et le plan se chemine.
Le dessin est un outil qui me décharge des souvenirs débor- dants et me permet de revisiter des scènes tantôt apparentes tantôt cachées dans la mémoire. Je dessine comme si j’écri- vais un texte sur un moment de la vie avec des lettres alpha- bétiques ou autres, comme si je prenais des photographies quotidiennes, mais lentes et longues, dont chaque partie est touchée par mes doigts. La vidéo est un média où les images issues de di érentes techniques peuvent se réunir et s’animer. Je prends des notes aux moments et lieux di érents en dessi- nant, photographiant, ou écrivant. Ces éléments sont mani- pulés ensemble, à travers le montage avec des gures virtuelles créées sur l’ordinateur. Les scènes ainsi réalisées s’agencent de manière à la fois linéaire et circulaire, autrement dit avec une logique tantôt consciente, tantôt inconsciente. »
Et c’est bien cette ambivalence conscient-inconscient qui leste et distille la teneur sensible de cette jeune œuvre.