Hamid Maghraoui

Dresscode
Hamid Maghraoui pose un regard critique sur notre environ- nement familier et fait une lecture acérée des images et re- présentations visuelles dont nous sommes abreuvés dans une société médiatique non sans mettre en évidence avec acuité le conditionnement de notre imaginaire au pro t de la consom- mation… et au détriment de notre liberté.
Line Herbert-Arnaud, historienne de l’art, écrit un texte à l’oc- casion d’une exposition de l’artiste au FRAC Languedoc-Rous- sillon Montpellier en 2016. Nous en publions ici des extraits signi catifs de la pertinence de ce travail photographique ins- piré par une collection personnelle de magazines grand public achetés à Dubaï dans des magasins de presse. Ceux-ci, en pro- venance de l’Occident font l’objet d’un passage au « contrôle de moralité » par un agent de l’état. Des mannequins posent pour des articles de mode armé d’un marqueur noir, et lui, à leur ar- rivée, censure d’un coup de feutre, les corps à peine dénudés. Une sélection de ces traces souligne ces gra tis dont l’artiste choisit de les révéler telle une tenue vestimentaire que l’on peut aussi regarder comme une gri e de couturier. Et l’analyse de Line Herbert-Arnaud souligne le bien- fondé de ce regard, instruit par une vraie ré exion morale et esthétique, voire avisé ou même mordant, du créateur : «Hamid Maghraoui réalise une œuvre faite d’emprunts d’images au monde médiatique, à la presse people, aux panneaux publicitaires mais aussi aux ob- jets qui relèvent de l’univers de la technologie et de la sécurité. Toutes ses œuvres développent des éléments qui se présentent comme des réminiscences, des traces mnésiques réactivées et réinvesties par un nouveau sou e. Certes nous connaissons tous ces magazines, ces présentateurs, ces paysages ou ces pa- raboles, mais il nous semble ne les avoir jamais vus car l’at- tention que nous propose de porter l’artiste « suppose d’abord
une transformation du champ mental, une nouvelle manière
pour la conscience d’être présente à ses objets. »
Hamid Maghraoui nous conduit à adopter une nouvelle façon de voir. Toute image est manipulation 2 L’artiste fait donc par- tie de ces artistes comme John Baldessari ou Richard Prince qui sont attirés par l’imagerie de masse, la culture pop et les procédés de reproductions mécanisés. À ce titre, l’artiste s’in- téresse depuis 2012 aux images issues de magazines grand pu- blic qui proviennent tous de Dubaï. Dans ces revues, toutes les parties intimes et trop dénudées des nouvelles icônes contemporaines ont été patiemment et partiellement bi ées au feutre noir par un o cier de contrôle. Dévoyées, détournées, ces images -soumises à une première manipulation – sont dé- cadrées, recadrées puis tirées en grand format par l’artiste. In- titulées DRESSCODE, elles changent de statut et deviennent des a ches publicitaires qui sont présentées dans des tableaux lumineux. Elles sont toutes centrées sur l’objet du délit, la trace, cet élément graphique sur lequel se polarise toutes les attentions. Hamid Maghraoui poursuit sa mise en abîme, sa déconstruction de l’image et en détourne le sens. Il en révèle le geste « créateur » par la mise en exergue de cette gri e qui laisse parfois apparaître, comme par transparence, la trame de l’a che ou, mieux encore, une in me partie de ces formes sensuelles qui devait être dérobée aux regards ouvrant ainsi la voie à une esthétique du dévoilement : « Cacher pour mieux dévoiler » 3, n’est-ce pas là un des ressorts de l’érotisme ? »