Anthony McCall

Quand le lm sort de l’écran et se fait tridimensionnel
Anthony McCall est un artiste britannique installé à New- York. À l’instar de nombreux artistes actuels il accomplit de- puis 1973 une œuvre transdisciplinaire entre arts plastiques et cinéma.
Ses lms dits « lms de lumière solide » comme son célèbre Line Describing a Cone sont devenus des morceaux de bravoure. Une gure géométrique se transforme tout au long du lm sur une pellicule 16 mm dessinée image par image à l’aide d’un stylo bille, d’un compas et de la gouache blanche. Le lm une fois projeté dans un espace fermé et non éclairé dans une ga- lerie d’art ou un espace muséal fait apparaître la gure géomé- trique sur un mur. Mais ce que le spectateur voit est un cône lumineux formé par la lumière qui sort du projecteur qu’un fumigène souligne : la combinaison des images projetées dans ce faisceau lumineux forme la « sculpture de lumière ». Et ce que l’artiste expose c’est la lumière du cinéma et la projection même d’un lm dans laquelle le spectateur peut pénétrer, de- venant aussitôt le partenaire émerveillé de cette œuvre en trois dimensions bien qu’immatérielle. Avec une relative économie de moyens, associée à l’origine à l’art minimal ou conceptuel, Anthony McCall a rme alors la spéci cité du cinéma dans ses propres composantes, à savoir le phénomène de projection lui-même. Il serait proche en cela de la pensée structuraliste s’il s’agissait de montrer que la projection peut s’apparenter à ce qui fonde et constitue l’existence même de l’œuvre.
Plus tard, au début des années 2000, McCall va complexi er très légèrement – et toujours aussi poétiquement – son dispo- sitif avec une forme projetée qui n’est plus une simple gure géométrique mais un ensemble de lignes et de courbes sinu- soïdales et mouvantes. Ces nouvelles recherches sont conco- mitantes avec une réalisation non plus sur support argentique
mais sur support numérique. Un nouveau mode de projection (un vidéoprojecteur) di use une image numérique, contrôlée par ordinateur et créée par l’artiste à partir d’un logiciel de de- sign. Reste que le spectateur est de nouveau mis en situation de faire l’expérience de la lumière. Il est le chef d’orchestre d’une expérience lumineuse qui l’amène à jouer avec le faisceau, le traverser, le pénétrer ou tout simplement en rester le specta- teur attentif. C’est ainsi que Doubling Back d’Anthony Mc- Call de 2003, ici présentée, est la première installation d’une nouvelle série d’œuvres néo-géométriques en numérique qui substituent en outre des brumisateurs aux machines à fumées traditionnelles de théâtre.
« Fondé sur un principe d’équivalence entre surfaces inté- rieures et extérieures, il est constitué de deux ondes qui fu- sionnent lentement puis se séparent suivant des cycles de trente minutes ». Ainsi, deux vagues ondulantes identiques fusionnent graduellement en une forme unique,
créant dans l’espace un volume immatériel et une expérience sensorielle pour le spectateur qui repoussent les limites de la sculpture et de l’installation, révèlent l’espace et remettent en question le médium. Là encore, comme pour les œuvres plus anciennes, une chrysalide, créée par le mouvement de ls géants s’entrecroisant en ellipse, engendre sa propre intériorité et o re au spectateur deux points de vue : tourner autour, et entrer à l’intérieur. L’œuvre évoque alors la fragilité des fron- tières entre le public et le privé, contraignant le spectateur à se laisser envoûter par cet environnement sinusoïdal et mouvant, toujours le même, toujours autre, qui traite de sculpture et de cinématique. Mais à la rigueur conceptuelle se conjugue un sentiment d’émerveillement provoqué par l’expérience de cette pièce exceptionnelle comme toutes celles conçues par Antho- ny McCall.