Zoulikha Bouabdellah

Zoulikha Bouabdellah, est l’une de ces artistes féminines au courage surprenant dont les œuvres reposent sur un télesco- page esthétique et critique qui met à jour des imperfections contemporaines fondées sur les histoires et les mythes qui che- vauchent les imaginaires, communs ou opposés, de l’Orient et de l’Occident.

Ce travail généreux et proli que fait, à son insu, œuvre de poil à gratter socio-culturel et de révélateur des contradictions du XXIe siècle ! La transgression des usages et du correctement pensant est un outil dans le travail de Zoulikha Bouabdellah mais ce qu’elle met d’abord en question en artiste c’est le poli- tique au sens large du terme et ses incidences répressives qui appellent les subtiles armes de la femme-artiste pour s’en dé- faire. Ses arguments sont infaillibles de justesse mais c’est avec habileté qu’elle trouve les formes formellement justes et habi- tées pour remodeler les choses.

Dans Les Hommes de la plage, elle est cet œil féminin qui ob- serve, lme, examine ces hommes en déplacement permanent dont on peut imaginer qu’une alchimie de désir et de séduc- tion non révélée se porte avec impertinence sur ces corps en mouvement permanent. Des hommes, en e et, nombreux, jouent au ballon, courent, s’apostrophent, bavardent, se di- rigent vers la mer dans un univers public mais exclusivement masculin… en une chorégraphie ralentie et fascinante qui em- porte le spectateur dans une envie impérieuse de partager cet envoûtement virtuel. Pour quel message agit l’artiste ? La ques- tion reste en suspens, non résolue, mais ouverte. Les rapports hommes-femmes tels qu’ils existent aujourd’hui a eurent par- tout, irrésistiblement, renforcés par la disposition en diptyque des deux écrans vidéos qui a rontent autant les sentiments qu’ils suggèrent la dualité paradoxale des interprétations qui peuvent en être faites. De cette cohabitation de deux choses di érentes l’artiste dit, à juste titre : « c’est pour moi un État natu- rel des choses ». Dans toute recherche théorique mondiale (Le Corbusier avec le jour la nuit, l’homme la femme. Camus par la prise en compte du dehors et du dedans), chaque théorie de l’entre deux est intéressante car elle traduit la complexité du monde, notre complexité.

Qui est souverain, qui est contraint, de la femme qui regarde aux hommes regardés ? De quels pôles, aimantés ou qui se repoussent, s’agit-il ? Qui est le plus a ranchi ? Celui qui s’ex- prime ou celui qui laisse se dérouler, sans rien dire, un posi- tionnement devant (ou pouvant) s’inverser au l d’une histoire de mixité qui ne cesse d’évoluer depuis la création du monde et qui changera encore ?

C’est de liberté dont il s’agit ici, à travers la décision d’une ar- tiste d’en faire une œuvre pour ainsi poser les bonnes ques- tions qui agitent les sociétés et qu’elles soient, sinon comprises, du moins entendues. Le vecteur de l’art a de tous temps été le plus puissant pour faire changer les choses et gageons que cette pièce s’inscrira dans le futur plus encore qu’elle nous marque aujourd’hui sans imposer une quelconque dictature de l’image et du propos. Seulement en énonçant une réalité aussi complexe soit-elle.

Mais c’est une œuvre et n’oublions jamais que de ce fait, celle-ci n’est pas réductible à son seul propos.