Sammy Baloji

Dans le cadre d’une mission consistant à photographier l’ar- chitecture coloniale et les sites industriels de Lubumbashi, Sammy Baloji accède aux archives photographiques de l’entre- prise minière Gécamines qui fut le poumon économique de la province du Katanga sur plusieurs décennies.

De cette rencontre naîtra la série Mémoire (2004-2006) qui questionne l’identité de sa province natale et porte un regard cru sur la colonisation belge et l’image du Noir dans l’in- conscient collectif occidental. Dans Mémoire, Sammy Baloji incruste des portraits en noir et blanc d’indigènes et de colons dans ses photographies panoramiques en couleur de ruines de bâtiments industriels. Le contraste saisissant met mal à l’aise. En confrontant les époques et les symboles, les photomon- tages réduisent l’espace-temps et neutralisent tous les discours bien-pensants des protagonistes d’une extinction identitaire plani ée.

Les ruines font écho à la destruction culturelle du Katanga et les indigènes qui posent docilement confortent l’idée que l’Oc- cident se fait d’un continent que l’on dit en dehors du temps, en dehors du monde. Sammy Baloji détourne le patrimoine colonial industriel et exhume les traumatismes a n d’autop- sier l’Histoire. La série Mémoire est l’histoire de l’agonie de l’idéologie coloniale qui se raccroche à des oripeaux en métal sous le regard cave de bons Nègres résignés. Un travail qui, au-delà du Katanga, a des résonances multiples à travers le monde. La photographie, d’instrument de propagande impé- rialiste, devient un témoin gênant, dangereux.

La RDC, qui a changé cinq fois de nom, est passée du statut de capricieuse propriété privée à celui de néo-colonie cynique- ment économique, via une colonisation violente, une dicta- ture humiliante et une guerre fratricide larvée.

Qu’est réellement ce territoire, au-delà des clichés rabâchés de peuple soumis et de rebelles avinés, de mélodies de rumba et de cacophonie d’armes lourdes ?
Sammy Baloji sublime les fantasmes pour mieux casser les icônes préfabriquées et les pseudo-vérités aberrantes.

(…) Il n’est ni un militant ni un activiste, mais un artiste qui prend position sans détours et sans rancœur. Ses images sont faites de silence, d’absence, de désolation et parfois d’humour. Loin du pathos, de toute sensiblerie et de sensationnalisme fa- cile, il renverse judicieusement le miroir de l’Autre ainsi que le sablier du temps. N’Goné Fall, architecte, chercheur et critique d’art, 2013.