Robert Barry

Robert Barry est avec Lawrence Weiner l’un des très grands artistes américains vivants à l’origine de l’art conceptuel. New- Yorkais d’origine et né en 1936, il vit toujours aux États-Unis bien que voyageant dans le monde entier, invité dans les plus importantes expositions.
Son travail est systématiquement une mise en scène para- doxale entre comment pousser à leur paroxysme nos capacités de perception en réduisant au minimum les e ets esthétiques formels. Qu’est-ce qui « fait œuvre » entre le sens et la forme ? Il se situe comme artiste au cœur même de l’idée directrice de l’art conceptuel qui veut que plus l’usage qu’un individu se fait d’une situation est réduite à l’essentiel, plus elle est forte : il n’y a pas d’œuvre sans concept et celle-ci envisagée à l’épreuve de l’idée qu’elle recouvre prime sur sa réalité matérielle.
Ainsi, énoncer un mot, une phrase est susceptible de faire naître des représentations mentales qui se substituent aux images perçues. De la même manière, associer des intitulés à des images, des objets ou des présences peut générer une complexité d’interactions imaginaires ou cognitives entre ces ensembles qu’il fait et défait selon les contextes dans lesquels il se trouve lorsqu’il répond à une commande ou qu’il se la passe lui-même.
Comme s’y appliquent quelques artistes contemporains à l’échelle internationale, dont Philippe Cazal, Robert Barry compose des listes de termes, de concepts abstraits ou même d’adjectifs. Il les met en scène dans l’espace et les dispose d’une façon apparemment aléatoire mais qui répond à l’acuité de son regard d’artiste entre leur probable signi cation subjective et leur harmonie plastique. Ces combinatoires livrées à l’inter- prétation du spectateur font naître des associations qui modi ent irrésistiblement la perception du réel.
Il ne faut pas s’y tromper, en dépit de leur caractère quasi scienti que, ces attitudes débouchent sur des formes aux ré- sonnances poétiques indiscutables pour qui veut bien rentrer dans la contemplation qu’elles induisent.
Robert Barry a aussi publié de nombreux livres d’artistes et toutes formes d’éditions graphiques et vidéo. Elles répondent à chaque fois de façon très ciblée à sa pratique. Pour cette raison nous avons la chance de pouvoir vous montrer ici la première vidéo qu’il a réalisée en mai 1999, à l’École supérieure des Beaux-arts de Nîmes, avec les quelques étudiants qu’il avait alors accompagnés lors de la résidence pour laquelle il avait été invité dans cette institution.
De même, lorsque les Éditions mfc-michèle didier publient, en 2007, Art Lovers (un livre constitué de planches), sur cha- cune d’entre elles est imprimé un portrait recouvert d’un aplat noir :
« Cet aplat est “ percé ” d’un mot à travers lequel nous perce- vons un fragment du portrait. Art Lovers, revêt un caractère obscur et caché et c’est sur la base d’éléments in mes que le lec- teur doit tenter de reconstituer les portraits. Les 31 “ amateurs d’art ” en question ont été photographiés par Robert Barry lui- même. »
L’ensemble met en abîme un champ inépuisable de spécula- tions sur la diversité des motivations qui animent les collec- tionneurs et leur inclinaison à « collectionner ».