Fouad Bellamine

’œuvre de Fouad Bellamine, connue de tous au Maroc et à l’international, est désormais
une véritable Carte du tendre 1 entre la peinture – à laquelle il s’est adonné avec passion – et la photographie dont il fait, de- puis quelques années, un usage nouveau. Tant du point de vue pictural que dans les questions qu’elle permet de développer, la photographie est en e et devenue pour lui un autre pinceau aux incidences e caces quant à ce qu’il tente d’atteindre au- jourd’hui. Il poursuit ainsi une œuvre singulière qui tend à élargir ses moyens d’intervention et met en perspective une opération de déconstruction et de fragmentation de l’acte de peindre… opération dont l’artiste ressent désormais l’im- périeuse nécessité dans une quête de vérité polysémique qui n’appartient qu’à lui seul et qui allie l’intime aux arguments d’ordre strictement plastiques.

Pour toutes ces raisons, l’œuvre ici présentée est, en quelque sorte, la clef de voute, subjective et objective à la fois, de cette recherche. En e et, Fragments d’une déchirure, se réfère à une rupture personnelle entamée il y a maintenant de longues an- nées et ayant entrainé l’artiste à lacérer une toile dont l’histoire même rendait insupportable la poursuite de son existence, indemne et innocentée, alors qu’elle symbolisait à ses yeux des moments désespérés. Restée, dans cet état de meurtris- sure, enfermée dans un emballage pendant de longues années, l’œuvre est récemment exhumée par l’artiste qui entreprend de la découper puis la fragmente pour nir par la faire renaître en une aventure picturale toute neuve… « autre » mais inscrite dans une histoire. De ces fragments, il tire une série de petits tableaux qu’il assemble (et ne dissociera sans doute jamais) ; chacun d’eux inscrivant en lui-même l’œuvre dans son intégri- té originelle et le symbole, sans cesse transgressé, d’une délité à l’acte de peindre.

Il y a dans ce geste de restituer une renaissance à une œuvre, plus qu’une stratégie d’artiste, une attitude tendue vers de nou- veaux bonheurs. On y décèle un travail sur le non-renonce- ment, sur le geste d’un peintre remarquable enclin à s’a ranchir partiellement de sa sujétion à la peinture tout en reconnais- sant à ce grand art son immanence au sein de la création.

De ce con it, entre des forces qui écartèlent l’artiste moderne, Fouad Bellamine fait un sujet… en peinture. Et, à ce titre, ces fragments rassemblés imposent Fragments d’une déchirure comme le chef de le d’une œuvre, à savoir un chef d’œuvre au sein d’une œuvre qui trace, à ce jour, presque un demi siècle de recherches, d’investissement et de développement cohérent des capacités productives d’un artiste au service de la peinture.

 

1. Cette fameuse Carte de Tendre ainsi appelée autrefois, n’est rien d’autre que la représentation topographique et allégorique du pays de l’amour où l’amant doit trouver le chemin du cœur de sa dame entre maints périls et maintes épreuves, le risque principal étant de se perdre dans le lac d’Indi érence ou ces autres mers Dangereuse ou d’Inimitié…